Gaël Dubreuil

Clown hospitalier

  • Docteur Clown
  • Pédiatrie

Depuis 2022, je suis clown à l'hôpital avec Docteur Clown. Je puise dans mon expérience de comédien, de clown, de papa de patient, d'être sensible pour quelques minutes de sourire, de rire ou de poésie.

Gaël Dubreuil en clown, nez rouge, dans un couloir d'hôpital avec sa partenaire

À l'hôpital

CHU de Saint-Étienne · Hôpital Nord

Jumping Jean-Claude (Gaël Dubreuil) et Carlo Di Caprio (David Kleiner), clowns de Docteur Clown. Photos Edgar Barraclough.

Chronique

Je ne serai jamais clown à l'hôpital

Les clowns débarquent dans la chambre d'hôpital de mon fils

C'était une semaine d'hôpital, une de plus, après une énième opération de mon fils aîné. Une de ces semaines interminables, qui s'étirent entre la douleur et l'attente. C'était il y a maintenant 13 ans, mon fils en avait quatre. Souffrant d'une maladie orpheline, nous avons découvert avec lui le monde hospitalier, les angoisses du bloc, les câlins de salle de réveil et les longs séjours post-opératoires.

C'était la semaine de Noël, une période qui, dans un hôpital, devrait être différente, mais qui, en réalité, ne change pas grand-chose. Alors que nous remontons avec mon fils dans le service après une balade ou un examen, une infirmière me lance « Ah c'est dommage vous avez loupé les clowns, ils viennent de partir ». À la vue de mon garçon dans son fauteuil qui se renferme plus encore, je décide d'aller à leur recherche.

Je les trouve dans un couloir, ce sont deux femmes. Je leur demande si elles peuvent faire demi-tour. Elles échangent un regard. De manière fugace, je perçois leur fatigue. Je pense qu'elles ont fini leur journée. Elles m'invitent à regagner la chambre de mon fils et me certifient qu'elles arrivent.

De retour, j'annonce à mon garçon que les clowns viennent le voir. Il ne réagit pas, garde cet air renfrogné qu'il ne quitte plus.

Soudain, on frappe à la porte. De ce qui va suivre ma mémoire n'a retenu que les « bonjours », mon fils renfermé, concentré sur une petite voiture. Rien de concret dans mes souvenirs, si ce n'est beaucoup de tendresse et de poésie. Et ces épaules, celles de mon fils, qui s'ouvrent doucement, tout son petit corps qui peu à peu se redresse. Je n'ai d'yeux que pour lui. Pour ce sourire qui se dessine. Pour ces éclats qui n'ont pas résonné depuis longtemps et qui à cet instant viennent panser mes angoisses de père. Je me rendrai compte bien plus tard que mon corps a fait le même chemin.

Je suis incapable de dire ce que ces deux clowns ont fait : aucune blague, aucune chanson ne reste dans ma mémoire. Sur le moment et encore aujourd'hui, je n'ai que cette sensation unique qu'elles ont ouvert une fenêtre. Elles ont fait entrer un vent printanier et ce soleil qui a peu à peu envahi toute la pièce. Ce soleil, en partant, elles nous l'ont laissé, en cadeau. Il nous a réchauffés longtemps, très longtemps après notre passage.

L'histoire est belle, mais n'est pas finie.

L'arroseur arrosé

Des années plus tard, dans le cadre d'une création, poussé par trois collègues comédiennes, je m'inscris à une formation sur le travail de clown comme outil à la comédie. Peu emballé au départ à cette idée, j'y trouve pourtant une pédagogie, un lâcher-prise, une philosophie qui nourrit mon jeu et m'enrichit tant sur le plan professionnel que personnel.

Deux ans après, je me rends à l'anniversaire d'une amie clown rencontrée lors de cette formation. Parmi les invités, certains travaillent comme clowns dans des hôpitaux. Pour la première fois, je confie mon histoire, surpris par l'émotion qu'elle suscite. Je conclus en évoquant ce soleil reçu et conservé précieusement. L'une des personnes présentes me demande si je me souviens des clowns qui étaient intervenus ce jour-là. Cela fait des années, je réponds que non, sauf peut-être d'un détail : l'une d'elles portait un sac à main en forme d'arrosoir.

La femme qui m'a questionné me dit simplement : « c'est moi ». Je n'ai pas de mots, je me lève, la prends dans mes bras. Les larmes viennent, je les laisse s'exprimer.

Au moment de partir, cette clown me donne une carte postale montrant tous les intervenants de l'hôpital. Malgré son âge à l'époque et les années écoulées, mon fils désignera sans hésitation les deux clowns qui ont égayé sa chambre, ce jour-là.

L'histoire est belle, mais pas terminée.

Un nez rouge trop lourd à porter

Les années défilent encore, l'amie dont c'était l'anniversaire me fait passer une annonce d'une association de clowns hospitaliers (Docteur Clown) qui organise un casting pour intégrer de nouveaux intervenants dans leur équipe. Je réfléchis. Je suis dans une phase de changement de ma vie. J'ai quitté la compagnie de spectacle avec laquelle j'œuvrais depuis dix ans. J'ai besoin de travail. Je suis en quête de renouveau, de challenge artistique.

Pourtant je refuse.

Je ne me sens pas capable d'être clown à l'hôpital. J'ai toujours craint les hôpitaux, bien avant la découverte de la maladie de mon fils. Plus encore après. Surtout, il est inenvisageable pour moi d'accomplir ce qu'ont fait ces deux femmes dans la chambre. Je loue leur pratique, j'admire leur qualité humaine, émotionnelle et artistique. Je me sens petit.

Je le dis et le répète : « Si je suis certain de la nécessité du clown à l'hôpital, je ne pourrai jamais l'être ! »

Il y a un twist à une bonne histoire

Il y a cinq ans, je vis un drame personnel. Un de plus. Je reçois des coups, mais également beaucoup d'amour et de soutien. Presque trop. Je ne sais comment rendre tout ça. Le covid est aussi passé par là. Le confinement, l'interdiction de jouer. Ma copine clown me sollicite une nouvelle fois pour entrer chez Docteur Clown.

Ce coup-ci, j'estime que cela a du sens, que je me sens prêt. Pour la première fois depuis longtemps, je fais un CV. Une lettre de motivation aussi, que je commence par « J'ai toujours dit que je ne serai jamais clown à l'hôpital ».

Je passe les entretiens, les auditions. Je trouve le niveau incroyable. Très vite, je décide de laisser la peur de côté et de lâcher prise.

Je suis pris.

Faire entrer un peu de soleil

Voilà trois ans que je suis clown à l'hôpital. Voilà trois ans que je puise dans mon expérience de comédien, de clown, de papa de patient, d'être sensible pour quelques minutes de sourire, de rire ou de poésie. Pour cette parenthèse à offrir aux enfants, aux parents, mais aussi, je l'ai découvert en entrant dans l'association, aux soignants.

Dans ma lettre de motivation, j'avais écrit que si je parvenais à apporter ce soleil reçu à une chambre, ne serait-ce qu'une seule fois, j'aurais atteint mon but. Trois ans plus tard, je suis clown à l'hôpital et j'ai depuis longtemps rempli mon objectif, et à plusieurs reprises. Et je veux récidiver encore et encore. Je connais le besoin, la portée et la nécessité.

Le clown, sur scène aussi

2013 – aujourd'hui

Spectacles de clown

Et diverses improvisations, rencontres, lâchers de clown, et même un symposium (j'adore ce mot, qui en jette, non ?).